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Tosse de PEDOURES

A Tout Zef
Article publié le mardi 26 mars 2013.


Pierre Godechoul - mars 2013

Ciel voilé gris foncé, température un peu fraîche. La montée à ski commence depuis le bord de la RN20 à la sortie de l’Hospitalet. Le bruit des voitures nous accompagne ; le bruit de toutes ces voitures qui pour l’immense majorité montent au Pas de la Case chercher leur sacro sainte bouteille de ricard : à quand un ricard-oduc qui permettrait à la RN20 et à l’Ariège de retrouver leur quiétude ?...

Plus haut, le bruit des moteurs s’estompe pour laisser place aux drôles de sons que fait l’eau quand elle parcourt les conduites forcées qui descendent de la montagne. Un minimum de dextérité est de mise pour enjamber comme on peut ces conduites en prenant garde de ne pas glisser sur la barre fixée dessus, et sans oublier non plus la perfide tranchée en béton à moitié recouverte de neige qui se tient derrière en embuscade : c’est la crevasse ariégeoise !

Le chef de notre file indienne c’est François ; pas François qui vient tout juste de remplacer Benoît XVI, mais notre François du G.A.G. !

Notre cheminement s’élève en direction de la jasse de Pouzole, laissant sur notre gauche la vallée du Sisca que nous emprunterons au retour pour la descente. La montagne reprend pleinement ses droits en distillant par moment le doux son d’un torrent entrecoupé de longs silences, puis par la suite, et pour le restant de la journée, le mugissement d’un grand vent. La vue sur la route a maintenant complètement disparut. En se retournant, au loin, la Cerdagne se laisse apercevoir, et plus près, les sommets alentours surgissent...

Fidèle à la coutume du groupe, les anciens sont devant et les jeunes derrières... François - le plus jeune des anciens - caracole en tête en nous faisant la trace. (C’est quand même appréciable d’avoir dans le groupe un membre qui participe aux sorties de ski de randonnée du CAF organisées par un certain Claude Labatut !)

La perspective s’élargit, l’horizon fuit vers des sommets lumineux qui resplendissent sous le soleil alors que nous progressons silencieusement sous un ciel voilé... Val d’Arques... Belles pentes nord-est du pic de Nérassol... Silence entrecoupé du son métronomique des peaux glissant sur la neige... Bref arrêt le temps d’une ou deux photos... Une gorgée d’eau... Nous ne sommes pas seuls : des catalans sont derrières, et plus haut, un couple de français descend de la pourteille du Sisca.

Le vent souffle de plus en plus fort ; ça commence bien avant l’arrivée à l’étang de Pédourrès qui est complètement blanc et que nous laissons sur notre gauche, et ça se poursuit crescendo jusqu’au sommet de la tose de Pédourrès (2468m), point culminant de notre journée. Pas le temps ni la possibilité de se poser, d’admirer le paysage, d’échanger nos impressions, de faire la photo de groupe : la vue est bouchée à cause des bourrasques de neiges, la violence du vent empêche toute conversation prolongée. Exercice peu commode que d’enlever les peaux et de se mettre en position ski. Les dragonnes sont utiles autour de nos poignets pour que les bâtons ne partent pas en glissade sur le sol dur. Gérard perd son bonnet qui file à toute vitesse dans l’univers blanc en direction de Bonascre tandis que je chope un douloureux onglet. Dans le tout début de la descente le vent nous retient, nous bouscule sur une neige gelée... Un peu plus bas cependant, quand le vent faiblit, de beaux virages prennent naissance dans une neige poudreuse. Puis, c’est le rassemblement du groupe aux abords de l’étang invisible de Pédourrès.

Nous re-peautons tranquillement... Dans un semblant d’abri, derrière quelques menus sapins, on casse la croûte... Puis montée à la Porteille du Sisca dans un vent fort et tourbillonnant : un coup en pleine face par rafales, puis légère accalmie, et rafale par le côté, puis accalmie plus marquée, et de nouveau un coup en pleine face par rafales... et ainsi de suite jusqu’à l’arrivée au col. Dans cette univers blanc, sonore et mouvementé, chacun est à ses pensées, à sa solitude. Au-dessus de nos bonnets et capuches, derrière nos lunettes de soleil ou masques de ski le ciel est pourtant bleu, le soleil bien présent, mais le relief est parcouru par un vent nerveux qui souffle dans plusieurs directions et fait voler la neige par brusques bourrasques qui nous donnent l’impression d’évoluer en plein blizzard. A l’arrivée au col nous sommes même accueillis par une volée de glaçons... Sans nous faire prier ni même prendre le temps d’enlever nos peaux, nous descendons un peu plus bas où le vent semble moins fort. Là encore, enlever les peaux et se mettre en position descente ne sera pas un exercice de toute facilité.

Et puis c’est la descente, ou du moins ce qui en ressemble. La pente est très douce, la neige profonde et un peu lourde. Nous tirons droit et poussons pas mal sur les bâtons. En se retournant comme il est de coutume pour contempler nos beaux virages, force est de constater que ça ressemble plutôt à un itinéraire de montée tant la trace est rectiligne. Le vent toujours présent est cependant devenu notre allié en soufflant dans notre dos, et en écartant les bras il nous semble même prendre un peu de vitesse...

C’est Alain des Hautes-Pyrénées qui résume la situation en lançant ironiquement : “Je croyais que l’Ariège ce n’était pas plat !”

En contrebas, la cabane de la Vésine a le toit au ras du sol... Par endroit d’énormes accumulations de neige aux abords de gros rochers... Des corniches énormes... Des anciennes coulées aussi...

La pente finit enfin par s’accentuer permettant d’enchaîner des virages dans une neige lourde. Et puis il y a des arbustes et des sapins que l’on ne croit pas si serrés que ça quand on monte le matin... Et oui ! après un hiver 2013 de rêve et de poudreuse, le printemps arrive tout doucement... Croyant faire du ski de randonnée nous avons fait de la randonnée à ski : les Pyrénées sont toujours inattendues, surprenantes, et c’est ce qui fait tout leur charme !

Dans la salle du café, les demis et chocolats chauds sont sur la table ; échanges de nos impressions de la journée, puis retour dans le monde d’en-bas.

A+ haut, à plus beau dans les Pyrénées.


en route dans la bourrasque

le sommet

la descente dans le vallon de Sisca

la cabane de vezines

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